Chroniques d’un Berserker : La Guerre Edalfirienne, tome 1 – l’Exilé de Gollora – Au nom des dieux

Chroniques d’un Berserker : La Guerre Edalfirienne, tome 1 – l’Exilé de Gollora

J’avais déjà parlé dans un post précédent de ce roman, mais maintenant que j’ai un peu trouvé le format de ces chroniques, je pensai revenir dessus (surtout que j’ai terminé le roman). Et, en lisant les autres chroniques à son sujet, j’en suis venu à me poser une question : est-ce réellement un mauvais livre ? C’est vrai. Toutes celles qu’il a reçu sont élogieuses, encensent le roman comme une « bonne histoire de fantasy, un récit initiatique captivant » etc… Aussi, cette fois-ci, le Berserker va se calmer un peu et réfléchir posément avant d’affirmer quoi que ce soit. Bien. Commençons, comme d’habitude, par le résumé fourni sur Amazon.

            « An 255 du Cinquième Âge : cité de Gollora. Un conflit aux origines millénaires éclate par la rébellion du Royaume d’Honnored, créant ainsi le plus terrible des schismes idéologiques jamais vécus par l’Humanité à travers des contrées du Continent d’Edalf. Halfdan, abandonné par ses parents alors qu’il était encore jeune, se verra confronté, avec sa gouvernante Cordellia, à s’exiler hors de sa ville natale, Gollora, et à la fuir. Maintenant, les hordes malfaisantes du Ténébreux-Quavartien, Hartavskull du Royaume d’Aesrit, de retour après cinq mille longues années, sont à leurs trousses. »

            Au travail.

            Comme je le disais dans ma précédente chronique, le livre s’ouvre sur une carte sensée nous représenter le monde dans lequel on va évoluer. Je l’observe à l’instant même où j’écris ces lignes. Et en effet, après avoir attentivement regardé les 2 pages (celle-ci devait avoir été faite sur une format non soutenu par Amazon et donc s’être retrouvée coupée en 2), je repère les différents emplacements importants du roman. Cependant, les frontières des pays ne sont pas indiquées du tout. Les traits sont gros et en noir, ce qui fait que les noms marqués en clair ne se voient pas dès lors qu’ils les chevauchent, ce qui rend les choses difficilement lisibles.

            Ensuite, on a un magnifique pré-titre (?) en français et en latin : La Fable de la Fuite Précipitée. « Fabula Fuga Rapidus ». Mon latin est très mauvais aussi, si l’un d’entre vous qui s’y connait bien dans cette langue peut m’aiguiller, j’en serai ravi car Google m’indique que cette phrase ne veut rien dire.

            Chaque chapitre se voit, au début, doté d’un petit résumé de la « Prophétie » qui régit l’histoire. Le problème, c’est que cette prophétie spoile littéralement le chapitre en cours, énonçant clairement ce qu’il va se passer.

            Il n’y a pas de continuité temporelle dans le récit, tout du moins dans l’exposition du contexte (exposition qui se fait un peu comme des coups de marteau répété sur le crâne d’un pauvre cadavre, mort depuis longtemps d’un anévrisme). Enfin, pour finir sur ce qui m’a choqué sur les premières pages, c’est la destruction du 4e mur. En effet, certaines œuvres titillent le 4e mur pour jouer avec le lecteur. D’autres le cassent de temps en temps (vous voyez très bien de qui je veux parler). Mais là… Ce pauvre 4e Mur est détruit à grands coups de salve d’artillerie ! 3e page : « aussi nommé le Rouquin pour vous, chers lecteurs, afin d’éviter toute redondance ». La Grosse Bertha à bout portant n’aurait pas pu faire mieux…

            Maintenant, parlons du style. Je vais préciser ici que l’auteur est québécois, aussi, il faut prendre en considération ce fait car certaines tournures de phrases peuvent surprendre un public français sans qu’elles soient incorrectes. Mais, si cela peut expliquer plusieurs phrases, plusieurs paragraphes… ça n’explique pas le reste du livre ! La première… est-ce réellement la première ? Enfin… La première chose (à me venir en tête) qui va choquer, c’est l’usage sur-abusif des adverbes en -ment. Dans mes cours de français (depuis le collège et j’invite tous les professeurs de français à venir confirmer ou infirmer mes dires), et au cours des discussions avec d’autres auteurs, on m’a toujours expliqué que les adverbes en -ment étaient pratiques mais devaient être utilisés avec parcimonie. Ici, la parcimonie, on lui éclate la tronche à grands coups de hache. Des adverbes, tu en as 4 par phrases, minimum, et la moitié n’ont même pas de sens, ou aucun rapport avec la phrase, la rendant complètement incohérente.

            Ensuite, l’auteur, de peur qu’on se perde, nous répète sans cesse les noms, professions, titres, attributs ou caractéristiques des lieux et personnages qu’on croise. On suit certains depuis le début du récit, depuis la page 1 ! Inutile de nous rappeler que Cordellia est la brave gouvernante d’Halfdan, on le sait !!!! Et c’est pareil durant tout le roman… Les répétitions sont partout. En fait, si on retirait les répétitions, on enlèverait probablement la moitié du roman. Vous ne me croyez pas ? Voici un exemple. A un moment, Halfdan fait un rêve prophétique, comme il en arrive souvent dans les romans d’heroic fantasy (c’est dans tous les contrats de héros). 4 pages durant lesquelles le garçon vit quelque chose d’assez intense (enfin c’est sensé l’être, mais moi ça m’a juste ennuyé). A son réveil, en sueur et en larmes, Halfdan décide donc de réécrire son rêve dans son carnet. Et hop ! On repart sur 4 pages où il raconte à nouveau son rêve. Mot pour mot ! Des paragraphes se répètent, ou sont parfois composés de 3 phrases qui disent la même chose… Bref, la moitié du roman est inutile.

            Autre élément qui est particulièrement pénible, ce sont les descriptions des combats. En fait, je ne sais même pas si on peut parler de combats… Comme l’auteur décrit les actions en passant d’un point de vue à un autre (ce qui n’est pas forcément une mauvaise idée, mais elle est mal exécutée), on a l’impression d’assister à un combat au tour par tour… sans dynamisme. Lorsque ce n’est pas à eux, les personnages, monstres, PNJs ? attendent patiemment sans rien faire.

            Les dialogues sont lourds au possible, lents et redondants. Aucun personnage n’a son propre vocabulaire (ils ont tous le même si bien que si l’auteur ne rappelait pas sans cesse qui parlait, on n’en aurait aucune idée. Ah c’est p’tet pour ça les répétitions des noms…)

            Enfin (pour le style), l’auteur a quelques manies qui viennent gêner la lecture. Partout sont placés des « bel et bien » ou des « oui ! » qui ne servent à rien. On arrive à avoir des phrases qui ressemblent à ça : « Fatalement, c’était bel et bien vrai » … Mais ce « bel et bien, vous en avez déjà eu environ 2000 dans les 30 dernières pages ! Le vocabulaire en général est un problème. Il en ressort l’impression que l’auteur place des mots qui donnent une impression de complexité au récit, mais qui en fait sont stupides et hors contexte. Par exemple, on a une occurrence du mot « Sapience ». Synonyme de sagesse, ce mot n’est plus employé dans la langue française, sauf à des fins parodiques. Sauf que l’auteur lui, l’emploie sciemment, voulant en faire un usage noble. On a un style soutenu par moment, et deux paragraphes plus loin, on passe à de l’ultra familier… Et je ne parle pas du non-respect du choix du temps du récit (on passe du présent au passé en une phrase…)

            Bon ça c’était pour le style… Maintenant passons à l’univers. Je vais avoir besoin de renforts… *inspire profondément et reprend sa hache*

            Les personnages sont ratés… Je suis désolé, j’avais dit que je prendrais des pincettes, mais merde… Là c’est pas possible. Je ne m’attarderai pas sur les objets qui apparaissent dans leurs mains lorsque c’est convenable (coucou les armes). Mais ils n’ont aucune consistance. Ils sont tellement insipides qu’on ne peut pas s’attacher à eux, ni ressentir quoi que ce soit à leur sujet. Certains ne sont même pas décrit ! Je vais parler de ce pauvre Eddington, un personnage qu’on croise au 2e chapitre. Messager, il vient délivrer un important message à Halfdan. Il est décrit comme « un Homme de bien au nez aquilin ». Et c’est TOUT. Il n’est rien d’autre. Pourquoi c’est un homme de bien ? On n’en sait rien. Qu’est-ce qu’il a fait dans sa vie avant ? Pourquoi s’attarder là-dessus ? Et Halfdan lui fait quasiment confiance de suite, tout ça parce qu’il sort un mot de passe tiré par les cheveux ! Le pire, c’est qu’à sa mort, dans le même chapitre, 15 pages après l’avoir rencontré, le héros est abattu, et on est sensé l’être aussi. Sauf qu’on s’en fout complètement…

            Viennent ensuite les Races. On est dans de l’heroic fantasy, qu’il y ait des races différentes c’est courant. Mais encore faut-il qu’elles soient réussies. Outre les humains, on a les Nains (qu’on ne voit pas dans ce tome), les Agapées et les Zobs Rouges (oui oui, j’ai bien écrit ça…).

            – Les Agapées… Je ne pourrais même pas vous les décrire !  Je ne sais pas quelles sont leurs différences avec les humains. Certains sont petits, d’autres de taille normale, les petits peuvent devenir des géants (pourquoi, parce que mitrailleuse) … Pas de différences notables avec les humains, que ce soit au niveau du langage ou du physique… Bref, des humains quoi.

            – Ensuite, les Zobs… Mes dieux… Oui, l’équivalent des Orcs de ce monde sont les Zobs Rouges, décrits comme malicieusement pervers et maléfiques. Et l’auteur qui balance, l’air de rien « On va abréger en ZR » … Mais non ! Juste non ! Tu ne décris pas tes monstres de base avec le terme Zob (pour les plus jeunes et les plus innocents, allez demander à vos parents, c’est de l’argot français).

            Mon élément préféré, c’est le grand méchant. Le perfide et incendiaire Hartavskull (j’adore ce nom), le Ténébreux Quavartien, Serviteur de l’Obscurité Maitresse Gorid-Dür, à la grande soif de sang frais, dont le supplice préféré est d’empaler les hommes avant de les brûler. On le disait capable de lancer des éclairs par les yeux et de tuer n’importe qui rien qu’avec sa volonté. COMMENT SE FAIT-IL QU’IL N’AIT PAS DEJA GAGNE ?? Avec tous ces pouvoirs surpuissants, je dis Hartavskull président !

            La Magie n’a aucune explication concrète. Pas de mana, pas de formules, pas de sorts, non ça s’applique comme ça et c’est possédé par certaines personnes (enfin je crois…). Les peuples ne respectent pas leurs superstitions, bref rien n’a de sens…

            Un truc que je m’attelle à faire, et je ne pense pas être le seul, quand j’écris, c’est de faire des recherches pour ne pas dire de conneries. Ici, aucune n’a été faite. Le héros possède un bouclier en argent pur (soit environ 15 kilos qui vont se plier au première coup, l’argent n’est pas fait pour ce genre d’objets. A la limite, on recouvre d’argent) qu’il a martelé dès ses 10 ans. Marteler un bouclier, c’est le meilleur moyen de rater sa confection. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres parmi les incohérences et les absences de recherches tout au long du récit.

            Les références sont ratées. Ce ne sont pas des hommages, ni même des clins d’oeils. Ce sont juste des recopiages qui sont pénibles et lourds (une région qui s’appelle Nurmerinor (enlevez 2 r et un i), une référence au Roi Lion qui est tombe comme un cheveu sur la soupe… même si on est plus proche de la moumoute à ce stade).

            Je pourrais encore continuer longtemps sur ce roman. Je l’ai lu en entier, et grands dieux je n’aurais pas dû. Le truc, c’est qu’au cours du récit, il m’arrivait, par moment, d’être surpris par des tournures de phrases agréables, des paroles, des réflexions, des petits éléments qui me faisaient dire « Hey mais c’est pas mal ça, c’est pas bête. »

            Malheureusement, ils sont noyés dans un océan de médiocrité. Oui, le mot est lâché. C’est médiocre. A croire que personne n’a relu ce roman avant sa publication. Avec un ami, on s’est demandé si ce n’était pas mauvais par intention. Mais non. A chaque instant, le texte donne l’impression d’être sérieux dans ce qu’il raconte. Il y croit à fond.

            C’est un très mauvais roman. Après, si vous voulez écrire un roman ou une histoire d’heroic fantasy, lisez-le. Pour faire une référence à Crossed, l’émission de Karim Debbache, ce roman est l’équivalent de House of the Dead d’Uwe Boll. Toutes les erreurs à ne pas faire y sont ! Donc si vous les évitez, vous arriverez sans doute à pondre une bonne histoire. La seule différence avec House of the Dead, c’est que le film ne dure qu’1h30…

            Je lui donne le titre de Va mourir en premier. Un roman comme ça n’a aucun intérêt. Hésitez sérieusement avant de le lire. Empruntez-le sur Amazon si vous le devez. Mais ne payez pas pour cet amas de mots et de maux.

Rappel des titres de romans, du plus haut au plus bas

– Héros du Valhalla

– Einherjar émérite

– Guerrier distingué

– Compagnon d’aventure

– Soldat du rang

– Paysan recruté

– Chair à canon

– Va mourir en premier