Chroniques d’un Berserker : Arkhane tome 1 – La Désolation – Au nom des dieux

Chroniques d’un Berserker : Arkhane tome 1 – La Désolation

Bonjour à tous. J’ai beaucoup de temps pour lire et une bonne résolution à tenir, aussi on va de suite se remettre au travail. Et le premier qui s’en plaint recevra un câlin de la part de ma hache. Pour la première fois depuis que j’ai commencé ces chroniques, je m’attaque à un grand ponte de l’écriture française, j’ai nommé Pierre Bordage. Et aujourd’hui, je vous parle du 1er tome du roman Arkhane, dont voici le résumé.

Arkane : une ville labyrinthique, bâtie selon la légende par sept maisons toutes-puissantes, et dont les luxueux niveaux supérieurs sont occupés par un pouvoir corrompu.

C’est dans ce monde dominé par les intrigues incessantes, les meurtres et la magie noire que vit Oziel, fille de la maison du Drac.

Lorsque son clan est massacré, Oziel s’enfuit des Hauts de la ville, espérant gagner les Fonds afin de rejoindre son frère condamné et de lever une armée parmi les prisonniers du terrible bagne, dans les profondeurs de la cité.

Mais tandis qu’elle cherche à s’évader des rets d’Arkane, d’autres tentent de rallier celle-ci à tout prix. Renn, un apprenti enchanteur de pierre et Orik, guerrier venu d’une lointaine contrée, portent avec eux l’annonce d’une menace qui, s’ils arrivent trop tard, pourrait bien plonger Arkane dans le chaos…

Critiquer une oeuvre écrite par un maître de la SF et de la Fantasy ? Un auteur qu’en plus j’admire et adore ? Ça ne va pas être facile, c’est moi qui vous le dit. Néanmoins, je vais quand même m’y atteler. Alors prenez vos épées, vérifiez vos carquois et affûtez vos haches, on part dans les méandres de la cité d’Arkhane.

Style du livre

Que dire sur le style de maître Bordage ? C’est excellent ! La lecture est fluide au possible, le ton parfaitement maîtrisé et l’ambiance absolument magistrale. Pris à part, le roman est une petite pépite. Néanmoins, quand on regarde sa bibliographie entière, on peut y trouver certains points de discussion.

Mon premier concernera les personnages. Dans tous les récits de Pierre Bordage, l’Humanisme est l’une des valeurs les plus mises en avant. Ses personnages en sont des défenseurs, au début à leur échelle avant d’en devenir des parangons. Ici, sans doute en vu du 2e tome, on a des personnages qui n’agissent pas spécialement par humanisme au début mais qui feront leur certaines causes lorsqu’ils découvriront les enjeux réels des situations dans lesquelles ils se sont retrouvés. Comme dans d’autres de ses romans en fait… Chou blanc donc…

Pour rester sur les personnages, un choix assez audacieux je trouve est de mettre en avant une personne laide. Il est vrai qu’en tant que lecteur ou spectateur d’une oeuvre, j’ai tendance à y préférer des personnages que je trouve attrayant physiquement. Et là, Bordage fait le choix contraire en nous présentant une personne difforme et obligée de se cacher constamment, tout en nous faisant nous attacher à elle. Pari réussi.

Le concept d’immensité est aussi très bien représenté. On suit au cours du récit deux personnages qui doivent voyager à travers une ville pour l’une et son pays pour l’autre. Et les deux mettent autant de temps à traverser l’un et l’autre (et, spoiler, à la fin du tome, ils ne sont toujours pas arrivés). On arrive donc très bien à se visualiser ces paysages et cette ville infinis qui se présentent à nous.

Enfin, le dernier point que j’aborderai serait celui de la critique sociale qui est faite ici. Chez Bordage, c’est quelque chose de courant que de retrouver dans ses écrits une critique sociale (souvent du fanatisme religieux). Mais ici, on voit clairement un reproche de la déconnexion des élites d’une société qui ne s’intéresse plus qu’à leurs petits jeux de pouvoirs sans même chercher à comprendre ce qui peut bien se passer ailleurs, et ce même chez leurs employés directs… Sauf quand il s’agit de préserver leurs intérêts.

Voilà ce que j’avais à dire pour le style du roman. Maintenant, passons à l’univers. A vos masses !

Univers du livre

L’univers d’Arkhane nous présente deux mondes diamétralement opposés : Arkhane la cité et Arkhane le pays. Commençons par la ville.

Pour vous représenter l’ambiance et visualiser comment l’auteur a voulu décrire sa cité, imaginez l’univers de Game of Thrones dans la Tour de Babel. Une structure immense, composée de plusieurs niveaux selon les classes sociales (les plus riches en haut, les pauvres en bas) séparés par le Laz, un labyrinthe destiné à empêcher les rébellions de monter massacrer toute la noblesse grassouillette qui vit dans le luxe et la débauche. La ville suinte la corruption et la malfaisance par tous ses pores et on craint tout le long du roman que chaque passant ne finisse par vous éventrer. Les armuriers doivent faire fortune… De plus, la ville est gangrenée par les sectes et les complots, ce qui rajoute à cette atmosphère pesante qui y règne.

En dehors de la ville, on a le pays d’Arkhane. Immense lui aussi, basé sur un fleuve, l’Odivir, tout est fait pour assurer l’approvisionnement de la grande ville, les autres communautés n’étant que des points de relais ou de commerce intermédiaires. Les paysans sont pauvres, il pleut, il fait moche, bref, ça ne donne pas envie d’aller y passer des vacances. Le banditisme règne et en plus de ça, on apprend qu’une armée d’invasion est en train de tranquillement descendre du Nord pour aller se farcir la ville. Je vous ai déjà dit que c’était la joie ?

Fait assez original, on a là un univers d’heroic fantasy où la magie est très peu présente. Néanmoins, le monde n’en est pas moins bien construit, avec ses mythes, ses légendes, ses anecdotes, ses coutumes et ses traditions. On voyage tout du long en compagnie des deux personnages principaux, Renn et Oziel, en direction d’un destin qu’ils ne connaissent pas encore. Les péripéties s’enchainent assez vite et régulièrement, mais démontrent toutes que ce monde est pourri.

Et c’est là le point intéressant du livre. L’armée des Conquérants du Nord est représenté comme un mal absolu, la fin de tout le pays d’Arkhane. Mais quand on voit ce pays, cette ville, où la bonté et l’altruisme ne sont plus que des fragments détenus par une poignée (souvent des nécessiteux), est-ce que la destruction de cet empire depuis trop longtemps pourri ne serait pas la solution au problème ? C’est un point de vue très nihiliste que l’auteur ne manquera pas de bombarder à grands coups d’artillerie dans le 2e tome, j’en suis sûr.

En conclusion, on est encore une fois face à l’oeuvre d’un maître. Il s’agit d’un récit narré à la perfection qui sait prendre son temps tout en posant les bases des événements à venir. Un vrai premier tome dont on ressort avec une seule envie : savoir ce que réserve la suite. C’est donc avec plaisir que je lui octroie le titre de Héros du Valhalla. Il le mérite amplement et vous devriez déjà être en train de le lire ! Ne m’obligez pas à vous courir derrière.

Rappel des titres de romans, du plus haut au plus bas

– Héros du Valhalla

– Einherjar émérite

– Guerrier distingué

– Compagnon d’aventure

– Soldat du rang

– Paysan recruté

– Chair à canon

– Va mourir en premier