Chroniques d’un Berserker : Gigante – Au nom du père – Au nom des dieux

Chroniques d’un Berserker : Gigante – Au nom du père

Salutations ! Je continue mes expéditions littéraires au gré des vents et au bon vouloir des dieux. Et je suis retombé sur un roman qui traînait dans ma bibliothèque depuis un long moment, plusieurs années en fait. Un roman de Maître Bordage. Je me suis dit que j’allais enfin le lire après tout ce temps. Et j’ai réalisé une chose à son sujet. C’était LE roman. Celui que vous lisez après un long moment d’hésitation et lorsque vous le finissez, vous vous demandez : « pourquoi je ne l’ai pas lu avant ? » Mais avant de vous en révéler tous les secrets, commençons par la 4e de couverture.

Le jeune ethnolinguiste Zaslo Merticant débarque sur Gigante depuis la lointaine Azadée, en quête des mythiques géants dont une expédition aurait exhumé les squelettes des siècles plus tôt. Dans le but, également, de tuer son père, qui l’a abandonné avant même sa naissance… Mais comment exercer une vengeance sur une planète dix-huit mille fois plus volumineuse que la Terre, où tout voyage est à sens unique ? Comment même voyager sur un monde parcouru de sphères incandescentes et d’orages électriques d’une rare violence ? C’est l’histoire d’un apprentissage, celui d’un monde aux colères destructrices. Il passe par le cheminement de Zaslo vers l’apaisement intérieur jusqu’à la découverte de son rôle fondamental pour l’avenir des peuples humains disséminés sur Gigante. Un planet opera… gigantesque.

Si ça ne vous met pas l’eau à la bouche, alors restez quand même, vous serez surpris. Allez ! On plonge dans de la SF comme ça fait longtemps que je n’en n’ai pas lu. Alors vérifiez vos fusils lasers, rechargez vos moto-jets et aiguisez vos haches ! Aujourd’hui, c’est raid sur Gigante !

Style du livre

Comme je le disais dans ma dernière chronique, le style de Pierre Bordage est une institution. La lecture est des plus agréable et l’écriture simple sans être simpliste. Cela nous permet d’avancer à bonne allure dans ce roman sans perdre le fil, tout en étant surpris par la vitesse à laquelle on franchit les étapes. Cela nous donne parfois l’envie de regarder en arrière et de se dire : « Whoa ! On a fait déjà tout ça ? »

Tout le concept de Gigante repose sur une planète 18 000 fois plus large que la Terre. Oui, vous avez bien lu, 18 000 fois !! C’est… gigantesque ! Et l’auteur arrive à tout instant à nous faire ressentir ce gigantisme, que ce soit avec la gravité, les distances titanesques à parcourir, les descriptions des paysages qui à chaque fois s’étendent à l’infini et le temps ! le temps qui s’écoule à la fois lentement mais aussi très très vite. Et tout est rédigé de manière parfaitement naturelle sans que ça ne semble forcé ou qu’il insiste outre mesure.

Les personnages, principaux comme secondaires, sont aussi une force du roman. Zaslo et Madilia vont entamer l’aventure en vous paraissant sympathique mais rapidement énervant (surtout Zaslo qu’on suit tout du long). Un anti-héros au départ qui est motivé par de mauvaises aspirations (une quête de vengeance contre son père) mais qui va voir la planète entièrement bouleversé ses ambitions, ses désirs et ses attentes. Une transformation aussi bien physique que mentale (clin d’oeil, clin d’oeil, allez lire le roman) qui est développée avec brio et qui rend les deux personnages des plus attachants qu’il m’ait été donné de lire.

Un grand point de différence par rapport à de nombreuses autres oeuvres de Pierre Bordage est l’absence d’intégrisme religieux. D’habitude, dans nombre de ses romans, le fanatisme religieux destructeur est l’un des antagonistes principaux du récit. Sa présence rend l’atmosphère lourde et rajoute un danger institutionnel qui le rend très puissant et quasiment invincible. Dans Gigante, il n’y a aucun fanatisme religieux, aucune menace de la sorte. Et c’est très reposant ! On lit un grand roman d’aventure et de voyage sans avoir la crainte d’être poursuivi en tout lieu et tout temps.

Enfin, le dernier point que je dois aborder, c’est que ce roman est en deux tomes différents. Il existe un autre livre, du nom d’Au nom du Fils, se déroulant des années plus tard et suivant les aventures du père de Zaslo (si tu as bien lu, tu dois être en train de bloquer). Je n’en dis pas plus, mais c’est là une autre preuve de la beauté de ce roman.

Maintenant qu’on a parlé du style, on va pouvoir passer à l’univers. A l’assaut !

Univers du livre

Comme je le disais, on a là un grand roman d’aventure se déroulant sur une planète aux proportions gargantuesques. Contrairement à d’autres univers de SF où les planètes, par facilité, ne comportent qu’un seul biome, Gigante voit son environnement changer selon la position géographique. Ça peut vous paraître trivial comme détail, mais pour moi c’est important ! Et si vous n’êtes pas content, vous pouvez aller faire un câlin à une épée-tronçonneuse allumée. Ces variations dans l’environnement permettent à chaque péripétie d’être un peu unique mais surtout nous permet de voir Gigante comme un univers à part entière.

Car qui cette planète gigantesque est la cible de nombreux peuples qui y émigrent, comme attirés, afin d’y trouver un nouveau foyer. Et ces peuples, tous différents, amènent avec eux leurs cultures, leurs traditions, leurs croyances et leurs moeurs. On croise donc d’immenses caravanes de nomades parcourant à pied les paysages désertiques de Gigante, des peuples religieux hippies s’installant dans les jungles et vivant en paix, des villes corrompues où la superstition et l’appât du gain règnent en maître, et j’en passe !

La planète comporte aussi ses propres légendes. Entre la race des géants dont tout le monde parle mais que personne n’a vu ou bien la Guilde des Voyageurs dont les membres sont réputés pouvoir voyager sur des flux électriques, ce monde ne cessera de vous dépayser tout au long de votre exploration.

Gigante en elle-même est décrite comme une mère protectrice mais aussi impitoyable. Son atmosphère est en elle-même très dangereuse vu que les orages sont fréquents et ne sont composés que d’éclairs qui peuvent ravager une région en un rien de temps. La faune aussi a appris à résister et la végétation n’est pas en reste. Autrement dit, pour un hareko (un étranger) c’est un environnement particulièrement hostile et peu accueillant. Néanmoins, la planète sait aussi subvenir aux besoins de ses enfants et les nourrir, les abriter ou les guider lorsque le besoin s’en faire ressentir.

Bref je ne veux pas trop vous en révéler. Ce livre fut pour moi une claque. A la fin de la lecture, j’en suis resté bouche bée. Arkhane était certes maîtrisé d’une main de maître, mais je trouve Gigante beaucoup plus touchant. J’ai ressenti à nouveau cette paix qu’on a lorsqu’on lit un grand roman*. Je lui attribue donc sans hésitation le titre de Héros du Valhalla. Lisez ce livre. Arrêtez tout ce que vous faites et lisez-le. Maintenant.

Rappel des titres de romans, du plus haut au plus bas

– Héros du Valhalla

– Einherjar émérite

– Guerrier distingué

– Compagnon d’aventure

– Soldat du rang

– Paysan recruté

– Chair à canon

– Va mourir en premier

*calme-toi avant de t’exclamer dans les commentaires. J’suis pas non plus devenu un nounours. J’aime toujours autant taper ^^